Maroc : derrière la Coupe d’Afrique des nations, l’extermination des chiens errants à l’approche de la Coupe du monde

Maroc : derrière la Coupe d’Afrique des nations, l’extermination des chiens errants à l’approche de la Coupe du monde

Avant même que les projecteurs de la Coupe du monde ne s’allument, une autre scène se joue la nuit dans plusieurs villes du Maroc. Des chiens disparaissent. Des rues paraissent plus nettes. Et derrière cette apparence nette, des témoins et des vidéos parlent d’actions brutales et organisées.

Des témoignages qui dérangent

Des associations dressent un constat glaçant. Elles rapportent des empoisonnements, des tirs à l’aube et des démantèlements de meutes orchestrés par des équipes municipales. Ces opérations visent souvent à « nettoyer » les alentours des stades et des hôtels avant des compétitions internationales comme la Coupe d’Afrique des nations.

Plusieurs ONG évoquent des chiffres très élevés. La Coalition animale internationale avance jusqu’à 300 000 chiens tués par an. Ce chiffre est difficile à vérifier. Mais la répétition des témoignages et les images partagées en privé créent une image troublante et persistante.

La peur de la rage et la culture du rejet

Le problème n’est pas que symbolique. Le Maroc enregistre encore des cas de rage mortelle. Des sources médiatiques rapportent environ 100 000 agressions liées à des chiens errants chaque année. La peur est réelle chez les familles et les parents.

Mais cette crainte s’ajoute à des habitudes ancrées. Dans de nombreux quartiers, le chien errant est vu comme un danger. On l’insulte, on le chasse, parfois on le frappe. Cette hostilité nourrit la défiance et paradoxalement augmente le risque d’incidents.

Comment on en arrive là

La situation résulte d’un problème simple et durable : l’abandon et l’absence de stérilisation. Des portées non contrôlées se multiplient. Des chiens adoptés sont lâchés dans la rue faute de moyens ou d’information.

Les collectivités préfèrent souvent une « solution rapide ». L’abattage donne l’illusion d’un résultat immédiat. Mais le phénomène revient. De nouveaux animaux migrent et le cycle recommence, laissant la question sans réponse à moyen terme.

Le TNVR : promesses et freins

En 2019, l’État a validé une convention nationale incluant le TNVR (trap, neuter, vaccinate, return). Sur le papier, c’est une méthode reconnue. Elle vise à capturer, stériliser, vacciner et relâcher les chiens sur leur territoire identifié.

Des annonces parlent d’une trentaine de dispensaires et de millions d’euros mobilisés. Pourtant, sur le terrain, les associations dénoncent un manque de moyens, de personnel et de transparence. Le TNVR existe, mais il peine à remplacer les pratiques violentes.

Lois, controverses et image internationale

La question dépasse le cadre national. Des personnalités et des ONG demandent à la FIFA d’intervenir. Elles estiment que les « tueries » entachent l’image d’un pays se présentant comme hôte du football mondial.

Officiellement, l’abattage aurait été interdit en 2024. Mais des témoins rapportent encore des opérations récentes. Cette fracture entre le discours officiel et la réalité alimente l’indignation.

La loi 19.25 qui surprend

Un autre élément suscite la colère des bénévoles. Le projet de loi 19.25 prévoit d’interdire à quiconque de nourrir, héberger ou soigner un animal errant. Les amendes annoncées peuvent atteindre 3 000 dirhams.

Concrètement, cela cible les citoyens qui aident à petite échelle. Les associations craignent que l’on criminalise ceux qui soutiennent déjà le système de TNVR, rendant la mise en oeuvre plus difficile encore.

Solutions réalistes et urgentes

La voie durable passe par plusieurs axes conjoints. D’abord, un plan massif et financé de stérilisation et de vaccination. Ensuite, des campagnes d’éducation sur la prévention de la rage et le traitement de l’animal.

Il faut aussi des structures mobiles pour atteindre les zones périurbaines. Et une transparence totale sur les budgets et les opérations. Sans cela, les abattages reviendront comme un pansement qui ne cicatrise pas.

Que pouvez-vous faire ?

Vous pouvez soutenir des associations locales qui praticent le TNVR. Informez-vous avant de signer ou de relayer des vidéos. Exigez de la transparence de la part des autorités et demandez des comptes à vos élus.

Si vous voyagez, posez des questions sur la gestion des animaux dans les lieux que vous visitez. Un pays qui tient à son image internationale doit aussi répondre aux préoccupations de santé publique et de respect du vivant.

Le Maroc se trouve à un choix simple mais lourd de sens. Nettoyer les rues au prix de vies animales. Ou investir dans une politique cohérente, respectueuse et durable. Quelle image veut-on montrer au monde quand les stades s’allumeront ?

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Auteur/autrice

  • Isandro Bellamy est journaliste gastronomique et éditeur culinaire avec plus de quinze ans d'expérience consacrés à la mise en valeur des produits, des chefs et des territoires. Formé en gestion hôtelière et en journalisme entre Barcelone et Lyon, il allie enquêtes de terrain, tests rigoureux de recettes et portraits approfondis de producteurs. Ses dossiers portent régulièrement sur alimentation durable, filières locales et innovations culinaires. Il collabore avec maisons d'édition, salons professionnels et restaurants indépendants, et privilégie une approche pratique et pédagogique pour rendre la gastronomie accessible, responsable et ancrée dans le savoir-faire des terroirs.

À propos de l'auteur, Isandro Bellamy

Isandro Bellamy est journaliste gastronomique et éditeur culinaire avec plus de quinze ans d'expérience consacrés à la mise en valeur des produits, des chefs et des territoires. Formé en gestion hôtelière et en journalisme entre Barcelone et Lyon, il allie enquêtes de terrain, tests rigoureux de recettes et portraits approfondis de producteurs. Ses dossiers portent régulièrement sur alimentation durable, filières locales et innovations culinaires. Il collabore avec maisons d'édition, salons professionnels et restaurants indépendants, et privilégie une approche pratique et pédagogique pour rendre la gastronomie accessible, responsable et ancrée dans le savoir-faire des terroirs.

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